Elle était assise devant un ordinateur, lui à côté, il était très sérieux. Il lui dictait et elle, elle tapait.
(Lui):-Alors ... écris ton nom, ton prénom, ta date de naissance, ton adresse ...
(Elle):-En France ou ici ?
(Lui):-Nan ! Ici, s'ils veulent te joindre, ça sera pas en France. Bon après tu mets ton numéro de téléphone, d'ici pareil, tes diplômes, les logiciels que tu connais ...
(Elle):-Hein ? Des logiciels ?
(Lui):-Tu sais te servir de world ? D'exel ?
(Elle):-Ba oui ...
(Lui):-Bon et ba mets tout ça. Ensuite dis où tu as fait ton stage en entreprise en 3è, ta LV1 quand tu étais au lycée, ta LV2, LV3 si t'en avais une, tes options, précise si tu fais du sport ...
Une bonne heure plus tard, ils avaient fini. Ils firent plusieurs copies de leurs CV pour les déposer au plus d'endroits possibles. À la fin de la journée, elle avait un emploi. Ils rentrèrent tranquillement, en arrivant:
(Elle):-C'est quand même pas utile de préciser si tu sais te servir d'un logiciel quand tu vends des chaussures ou que tu débarrasses des tables !
(Lui):-Qu'est-ce que tu veux ... S'ils hésitent entre deux dossiers, ils prendront celui qui sait plutôt que celui qui ne sait pas.
(Elle):-En attendant t'as pas de job
(Lui):-Ca va venir, y en aura bien un qui me rappellera.
Il retira ses chaussures et lui demanda
(Lui):-T'as faim ?
(Elle):-Oui, assez
(Lui):-Monte, je t'appelle quand c'est prêt
(Elle):-Merci c'est gentil
Il lui sourit. Elle monta les étages et se replongea dans son oeuvre. Elle écrivait, à travers ses personnages, sa douleur, sa passion et surtout ses espoirs.
(Lui):-Tu viens ?
Il se trouvait dans l'encadrement depuis 5 bonnes minutes, mais il avait préféré contempler sa jolie silhouette gracieusement déposée sur le lit et ses cheveux ondulés retombant sur ses épaules. Il se dit que s'il avait vu un ange, ça aurait été pareil.
(Elle):-J'arrive.
Ils descendirent, la table était belle, mais il n'y avait qu'une seule assiette. Elle se tourna vers lui et le questionna
(Elle):-Tu manges pas ?
(Lui):-J'ai pas faim
(Elle):-C'est très gentil
(Lui):-De quoi ? De pas avoir faim ?
(Elle):-Mais non patate! De me cuisiner un joli plat rien que pour moi.
Il l'embrassa furtivement sur la joue avant d'aller s'asseoir en face d'elle. Un peu gênée, elle lui sourit timidement.
Elle mangeait simplement, mais il la regardait comme si elle faisait la plus belle chose au monde. Il avait un coude posé sur la table, la tête appuyée dessus, le regard fixé sur elle et il pensait. Il pensait qu'il était juste bien et qu'il ne savait pas pourquoi. Il avait un sourire bêta collé au visage.
(Elle):-Pourquoi tu me fixes avec cet air bête ?
(Lui):-Parce que ...
Dit-il toujours dans ses pensées
(Elle):-Oui ?? Parce que ?? Développe ...
L'encourageait-elle à l'aide de grands gestes. Il sortit de ses rêves et déclara simplement:
(Lui):-Parce que j'aime bien te regarder manger
(Elle):-Ah ... c'est vrai que ce doit être passionnant.
Dit-elle d'un ton moqueur
(Lui):-Oh ça va hein!
Une moue boudeuse se dessina sur son beau visage.
(Elle):-t'es bête
(Lui):-Merci, ça fait toujours plaisir
(Elle):-Mais c'est affectueux ce que je dis ! c'est comme les chiens, ils sont bébêtes, mais on les aime quand même !
(Lui):-Arrête tu t'enfonces là
(Elle):-Ouai t'as raison je me la ferme ...
Elle finissait tranquillement de manger, devant le regard contemplatif de son voisin. Elle débarrassa la table et s'activa à la corvée de vaisselle. Il se mit à côté d'elle et la questionna:
(Lui):-T'écris quoi dans ton livre ? Enfin, c'est quoi l'histoire ?
(Elle):-C'est une histoire d'amour. C'est un couple, que tout sépare, la femme est gravement malade et l'homme doit partir à la guerre. Ça se passe pendant la deuxième guerre mondiale. Ils s'aiment d'un amour sincère, mais ils vivent donc, comme je te dis, une double séparation qui aboutit à la mort. Elle meurt de sa maladie et lui, meurt sur les champs de bataille. Voilà en gros.
(Lui):-C'est pas gai dis-moi
(Elle):-Y a des passages gais.
(Lui):-D'où tu t'es inspirée ?
(Elle):-De moi, des livres que j'ai lu, de mon expérience quoi.
(Lui):-Tu dois pas avoir une expérience très gaie alors.
(Elle):-J'ai pas vécu grand chose pour le moment.
(Lui):-Quand tu dis "grand chose", tu parles de l'amour en fait.
(Elle):-Oui, c'est à peu près ça.
(Lui):- ...
(Elle):- ...
(Lui):-Je pourrais le lire ton livre quand tu l'auras terminé ?
(Elle):-Bien sûr, d'ailleurs tu risques d'y trouver un petit peu de toi dans certains personnages
(Lui):-Tu t'es inspiré de moi ?
(Elle):-Oui, surtout pour le personnage principal
(Lui):-Ca me flatte
(Elle):-Ne le sois pas
(Lui):-Pourquoi ?
(Elle):-Ce personnage est particulièrement lâche.
Rit-elle
(Lui):-Oh ...
(Elle):-Je rigole ! Nan, en réalité, jme suis inspiré de toi pour son physique et sa façon de parler
(Lui):-Et comment il est ?
(Elle):-Tu le lieras ...
(Lui):-Non, dis moi
(Elle):-Très bien, mais tu risques de prendre la grosse tête
(Lui):-Il est si bien que ça ?
(Elle):-A vrai dire, il est presque parfait. Il n'est juste pas courageux, dans l'histoire, il tente de déserter pour retrouver celle qu'il aime
(Lui):-J'aurais fais pareil
(Elle):-Alors tu es aussi égoïste ?
(Lui):-Je préfère vivre auprès de la femme que j'aime plutôt que de mourir sur un vulgaire champ de bataille
(Elle):-Paradoxalement mon personnage meurt en désertant
(Lui):-Son destin l'a rattrapé
Elle rinça le dernier plat et elle sécha ses mains.
(Lui) :-Tu veux pas regarder un film ?
(Elle) :-Ouai, je veux bien ? On regarde quoi ?
(Lui) :-Viens on va voir ce qu'il y a
Ils se dirigèrent vers le meuble qui contenait les films. Il s'accroupit et posa sa main sur la poignée. Elle était derrière lui debout, elle observait avec attention sa main, ses doigts, il avait une gourmette en argent autour du poignet. Ses doigts étaient longs et fins, la peau qui les recouvrait était lisse, blanche et douce. Elle s'imagina un court instant, ces mains posées sur ses hanches. Le grincement de la porte la sortit de ses pensées.
(Lui) :-Alors ? Dis moi ce qui te plairais là dedans.
Elle s'agenouilla à côté de lui, afin de pouvoir lire les titres. Elle plissait les yeux pour pouvoir mieux voir. Il la regardait, un sourire amusé sur les lèvres. Elle avançait ses lèvres dans sa concentration, « adorable » pensait-il.
(Elle) :-Thirteen !
(Lui) :-Tu l'as pas vu ?
(Elle) :-Nan ... enfin si mais pas en entier.
(Lui) :-D'accord
Elle s'installa sur le canapé en attendant qu'il mette en marche le film. Il la rejoignit. Il s'était installé loin d'elle.
Elle se leva prétextant aller chercher des chips, et se dirigea à l'étage. Elle sortit de sa veste ses gélules. Elle avait ces douleurs musculaires qui la tiraillaient. Elle ouvrit le flacon, déposa dans sa main sa dose et l'avala. Elle redescendit passant par la cuisine pour prendre les chips. Elle avait encore mal, il fallait attendre avant que le traitement fasse son effet. Elle avait besoin d'un peu de réconfort, elle entra dans le salon et s'assit sur le canapé, mais cette fois à proximité de lui.
Il fut surpris, non seulement du temps qu'elle avait mis pour chercher de simples chips, mais aussi du rapprochement soudain de la jeune fille. Elle avait posé sa tête sur ses genoux pour ne pas qu'il voit les quelques larmes qu'elle versait de douleur. Il ne posa pas de questions et se concentra sur la suite du film.
Ils s'endormirent, blottis l'un contre l'autre, se communiquant le peu de bonheur qui les entourait.
Le soleil se leva, sur les deux corps enlacés et refroidis par la température matinale. La lumière pénétra dans la pièce, éveillant par la même occasion, la douloureuse souffrance de la jeune fille. Elle se recroquevillait sur elle-même, il la sentit bouger. Il se réveilla.
(Lui):-Hé ... réveille toi ... t'en fais une tête
Elle se leva en vitesse, se précipita à l'étage et entra dans la douche. Elle alluma le jet et fit couler l'eau clairvoyante sur son corps. Une fois bien lavée, elle sortit du bac. Elle observait son reflet dans le miroir. Son petit corps était délimité par des courbes bien tracées. Son visage dessiné par des traits fins, doux et sucrés inspiraient le contraste avec la couleur de ses cheveux noirs ébènes. Ses petites lèvres roses étaient comme deux pétales déposées adroitement par le vent dans un champs enneigé. Elle s'approcha lentement du miroir, elle aperçut au bord de son oeil, le fruit de sa fatigue. Elle y déposa un peu de pommade orange. Elle s'habilla rapidement et redescendit.
Il était assis sur le canapé, la télécommande dans la main, les yeux rivés sur l'écran. Il zappait les chaînes sans prendre le temps de voir les programmes. Il zappait comme s'il cherchait quelque chose, quelque chose qu'il n'avait encore jamais eu. Elle s'assit à côté de lui
(Lui):-T'as du orange au bord de l'oeil
(Elle):-Je sais, c'est parce que j'ai un orgelet
(Lui):-Un quoi ?
(Elle):-Rien, laisses, c'est un bouton à l'oeil
(Lui):-Fiiiiii
Mima t-il la douleur
(Elle):-Oui, bon c'est rien, passe moi le journal à côté de toi.
(Lui):-T'as très mal ?
(Elle):-Non ... quand je ferme les yeux seulement.
(Lui):-Montre ?
(Elle):-Mais arrête !
(Lui):-Attends ! J'ai jamais vu ça moi un chtar à l'oeil ? ! Tu vois double ? Se moquait-il
(Elle):-T'es énervant ...
(Lui):-Je sais ! Un immense sourire se dessina sur son visage
(Lui):-Tu me donnes envie de t'énerver
(Elle):-Pourquoi ?
(Lui):-Parce que t'es de mauvais poil et que t'es encore plus sensible à l'énervement
(Elle):-Je suis pas de mauvais poil, mais si tu continues, je risque de le devenir
(Lui):-Bon alors j'ai le droit d'être gentil
(Elle):-Toujours
(Lui):-Bon alors, malgré le bouton qui occupe la moitié de ton oeil, tu as de beaux yeux.
(Elle):-Et toi malgré la connerie immense qui t'habite, tu n'es pas pour autant infidèle à rantanplan.
(Lui):-Je suis bête ?
(Elle):-Disons que tu es immature
(Lui):-C'est de l'humour, c'est pour faire passer mes compliments de façon inaperçue.
(Elle):-Pourquoi tu veux qu'ils passent inaperçus ? Les compliments c'est fait pour faire plaisir donc si ça a l'effet inverse autant se taire
(Lui):-Je sais pas ...
Elle sourit, toujours concentrée sur son magazine.
(Lui):-Il parle de quoi l'article que tu lis ?
(Elle):-D'un groupe de rock, ils sont marrants
(Lui):-Pourquoi ?
(Elle):-Ils disent ... qu'ils boivent pas, mais sur la photo d'à côté y en a un qui est bourré.
(Lui):-Ils se descendent tous seuls !
(Elle):-Et oui, les pauvres.
(Lui):-Montre voir leur tête
(Elle):-Ils sont plutôt beaux, enfin surtout le chanteur, avec ses cheveux blonds façon manga.
(Lui):-Mouais
(Elle):-Si ! Il est même très beau.
(Lui):-C'est lequel qu'est bourré ?
(Elle):-Lui là, regarde. Il s'appelle ... c'est quoi ce nom ? Arthault !
(Lui):-Que veux-tu ... c'est quoi le groupe ?
(Elle):-Ils le disent même pas, à croire qu'ils s'en fichent de la musique, qu'ils sont connus que pour leur joli minois
(Lui):-C'est désespérant, les journalistes gâchent du papier, de l'encre, et les lecteurs, du temps et de l'argent
(Elle):-C'est pourtant toi qui l'a acheté ce magasine :)
(Lui):-Ah bon ?
(Elle):-Oui, hier quand on est allé déposer les CV, tu t'es arrêté dans un kiosque pour l'acheter
(Lui):-Ah oui ! C'est parce que y a les programmes télé à la fin
(Elle):-Ok, mais c'est quand même toi qui a gâché ton argent :)
(Lui):-Oui mais c'est toi qui perds ton temps à le lire
(Elle):-Mais le temps c'est de l'argent mon cher, au final c'est toi qui perds.
(Lui):-Mais c'est ton argent que tu perds, pas le mien
(Elle):-Sûrement ...
(Lui):-T'as faim ?
(Elle):-Ouai, on commande des pizzas ?
(Lui):-Ca marche.